Parler du hijab (1) de la femme musulmane sans le replacer dans sa dimension spirituelle reviendrait à nier son essence. Le hijab est tout d'abord l'expression d'une foi et fait partie intégrante du culte musulman.
C'est une prescription divine à laquelle la femme croyante musulmane est appelée dans le noble Coran au verset 31 de la sourate « An-Nur » ( La lumière) : « Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu'elles rabattent leur voile sur leurs poitrines* (...) »
*"sur leurs poitrines":de même que leurs têtes et leurs cous (selon la traduction et l'explication du noble Coran)
Le verset 59 de la sourate « Al-Ahzab » (Les coalisés) fait le même appel : « O prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles et aux épouses des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles : ainsi elles seront plus vite reconnues et éviteront d'être offensées. Dieu est Pardonneur et Miséricordieux. »
Le prophète Mohammed (paix et bénédiction sur lui) a clairement défini dans un hadith authentique ce qu'était le hijab : Aïcha (que Dieu soit Satisfait d'elle), l'épouse du prophète (pbsl), a raconté que sa s½ur Asma (la s½ur aînée de Aïcha) était entrée chez le prophète (pbsl) portant des vêtements très fins. Alors le prophète (pbsl) détourna la tête et dit : « Asma ! A partir du moment où elle est pubère, il ne convient plus que l'on voie de la femme autre chose que ceci ! »
(en montrant son visage et ses mains). Rapporté par Abou Dawoud et Al-Bayhaqi
Le port du hijab puise ainsi ses sources dans le noble Coran, parole de Dieu pour tous les musulmans, ainsi que dans la sunna, tradition du prophète Mohammed (paix et bénédiction sur lui).
Concernant l'aspect pratique, les trois fonctions fondamentales du hijab sont les suivantes : il doit couvrir tout le corps (y compris les cheveux) avec exception autorisée des mains et du visage ; il ne doit pas être attirant ; il doit permettre de reconnaître que c'est une femme musulmane qui le porte.
Le hijab est requis dans les pratiques cultuelles à savoir la prière et le pèlerinage.
En société, il est prescrit devant les personnes avec lesquelles la femme peut contracter un mariage durant sa vie.
Pour comprendre le hijab, il est nécessaire de tenir compte de ses dimensions spirituelle, philosophique, sociale et éthique.
De la méditation du hadith suivant (rapporté par Mouslim) : « Dieu est Bon et n'accepte que ce qui est bon », la femme croyante musulmane obéira à Dieu avec conviction à la prescription coranique du port du hijab. De ce cheminement spirituel de soumission à Dieu, elle parviendra à une réflexion sur le rôle du hijab dans sa dimension philosophique.
Le hijab possède une dimension profonde. Porter le hijab signifie « couvrir son corps pour révéler son être ».
Appréhendé dans son être profond plutôt que dans la superficialité de ses apparences, la femme peut alors rayonner librement dans la société.
Dans sa dimension philosophico-sociale, le hijab offre à la femme qui le porte le droit de s'émanciper, le droit de ne pas être considérée comme un objet de jouissance sensuel. La femme s'affirme alors comme un être de profondeur, révèle son intériorité, son être et revendique son droit à la décence.
Abordons maintenant la notion de pudeur en islam qui est essentielle à la compréhension de la dimension éthique du hijab. « La pudeur est une des branches de la foi »
selon un hadith authentique (rapporté par Boukhari et Mouslim). Il est essentiel de souligner que foi, pratique et comportement ou morale sont indissociables en islam. Il est aisé de comprendre ainsi que la notion de pudeur et donc le port du hijab font bel et bien partie du culte musulman.
La pudeur en islam concerne autant l'homme que la femme. La partie du corps à couvrir en société chez l'homme s'étend du nombril jusqu'au-dessous des genoux. Nombreux se demandent pourquoi l'homme ne doit-il pas couvrir son corps en entier ; afin de comprendre ce fait, il est nécessaire de revenir aux réalités physionomiques et physiologiques qui différencient l'homme et la femme et de comprendre que la différence ne fait pas l'inégalité, mais qu'elle reste une différence tout simplement.
Un point important mérite d'être traité : porter le hijab ne signifie pas que celui-ci doive être laid, au contraire ; l'islam aime la propreté, la beauté mais il s'agit d'une beauté décente c'est -à-dire qui n'est pas destinée à séduire.
Ensuite, nous pouvons nous demander ce que veut l'islam par la pudeur : une intimité des corps réservée au couple et préservée. Les liens entre les époux sont ainsi renforcés. C'est une protection du couple afin que la famille soit protégée, que la société (qui a pour c½ur la famille) rayonne et que l'humanité puisse s'épanouir.
Lorsque l'on a compris les dimensions profondes du hijab de la femme musulmane, nous pouvons alors les confronter aux réalités actuelles.
A l'heure où la nudité de la femme, affichée en toutes occasions, la réduit à un simple objet exploité à des fins marchandes, paradoxalement l'émancipation de la femme est évoquée alors que celle-ci est restée un objet pour les hommes. La nudité de l'homme commence également à être utilisée à des fins commerciales ce qui révèle que promouvoir l'humain en général ( et non plus uniquement la femme) dans sa richesse d'âme plutôt que dans les contours de son corps est une priorité aujourd'hui pour sauvegarder la dignité humaine. Dans la maîtrise de leurs apparences, l'islam invite les êtres à se vivre dans leur humanité qui ne se réduit pas qu'à un corps mais qui se révèle également par une intériorité, dans un objectif d'harmonie avec eux-mêmes et ce qui les entoure.
Y a-t-il une véritable émancipation de la femme aujourd'hui après trente années de féminisme alors que des jeunes filles subissent la dictature des apparences depuis l'acquisition de certaines poupées aux mensurations irréalistes, lorsqu'elles étaient enfants, jusqu'aux modèles féminins erronées des chanteuses lolitas ? Et les conséquences sont dramatiques lorsque l'on sait que des adolescentes deviennent anorexiques pour des raisons liées à ce culte du corps (il s'agit d'une partie des anorexies; nous n'évoquons pas ici le cas de l'anorexie mentale qui a des raisons psychologiques beaucoup plus profondes).
A l'heure également où le harcèlement sexuel des femmes au travail sévit et fait des ravages (perte de confiance en soi, dépression) et qui démontre que l'échec de la mixité ne réside pas uniquement chez les jeunes à l'école comme l'ont martelé les médias, il est essentiel de souligner que le hijab en islam n'empêche pas la mixité entre les hommes et les femmes, mais qu'il permet la réussite de cette mixité sur des bases relationnelles saines.
Face aux discriminations que peuvent subir les femmes sur leur physique lors d'une recherche d'emploi, le hijab permet un rapport d'égalité sur le plan physique. Ce sont les compétences qui priment sur l'aspect extérieur.
Ainsi face à ces maux actuels, le hijab propose une autre image de la femme et de la féminité qui peut être révélée au-delà de la simple apparence, l'image de la femme musulmane.
Lorsque le hijab a été appréhendé dans cette définition qui puise sa source dans le Coran et la sunna, on peut se demander où sont ces signes de prosélytisme, de provocation, de politique exportée que certains se plaisent à citer plus qu'ils ne les démontrent ?
Le hijab fait tout simplement partie de la foi et du culte de la femme musulmane qui réclame le droit qu'elle-même et ses filles puissent exercer librement et en tout lieu.
(1)"Hijab" : tenue vestimentaire prescrite à la croyante musulmane dans le Coran